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12 janvier 2012

Tzigane

Pour la bohème ce soir
Rien à dire seulement
que jeter ses souliers
ce n’est qu’un premier pas

mais il eût fallu naître
à l’endroit du voyage
et on s’improvise pas
bohème sans les racines

Y aurait eu du soleil
la nostalgie peut-être
et ce je ne sais quoi
qui fait les regards sombres
aux matités d’argile
baisser les yeux des gens
au passage des roulottes

si je n’ai pas d’histoire
c’est que ce voyage-là 
n’a pas voulu de moi

je voulais le voyage
pour seule langue d’origine
chaque pays pour partance
une route pour lendemain

y aurait eu des guitares
sur les soirées d’été
du linge tendu aux branches
des aires des villages
on aurait fait sécher
la liberté d’hier
à l’air de leurs regards
ou au bord des rivières

Moi j’aurais bien tenté

Juste pour une soirée

de jeter mes souliers
embarrassés des routes
que je n’ai pas choisies


je voudrais le voyage
pour dernier terrain vague
mais il eût fallu naître
dans le bon paysage

si je n’ai pas d’histoire
c’est que ce voyage-là
n’a pas voulu de moi

Pour la bohème ce soir
Rien à dire seulement
que jeter ses souliers
ce n’est qu’un premier pas 

Angélique

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03 janvier 2012

C’est pas les autres

Les tempes détrempées

Les images blêmes et bleues, le passé

Les tout petits détails oubliés

C’est pas les autres

 

les intempéries, un chien

Le prénom qui se tait et qui s’écrit, pour rien

Les années qui se plient et se cassent les reins

C’est pas les autres.

 

Les images entoilées au coin de sa carrée

Les miroirs où s’abîme la mémoire fatiguée

Un silence qui se tait à trop vous regarder

 

L’enfer

C’est pas les autres.

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19 décembre 2011

Au rapport

papa

 

Ciel : saigne au-dessus des tombes.

Arbres en pinceaux : flamboient.

Espadon : pêche prodige version officielle.

Quatre-quatre : jouet en plastique sur képi blanc de pierre 

Gauloise sans filtre : paquet entamé à encadrer sous vide.

Sabre Samouraï : sous la table, attend Loïc.

Breloques : Tupperware

Béret : manque à la pelle

Pognon : rêves de grandeur, tout cramé.

Grenade d’entraînement : tombée par terre, pas sauté.

Laguiole : aimer qui lui ressemble

Trahisons : Pertes et profits.

Grande bleue : sars, mulets, anémones, masque, tuba.

Chercheuse de bohème : trouvera peut-être valeurs sans plus mon grain de sel

Figues de barbarie : pas cette fois.

Maman : à bon port, traversée RAS, mer calme.

 

Mission accomplie.

 

 

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17 décembre 2011

Décrue

Il faisait vide un si p’tit peu. On nous avait repris nos idées hautes, et on avait décru.

Et puis la nuit était tombée, blême et blanche, sur nos désordres.

On avait revendu le singe à la ménagerie du jardin des plantes. On avait vendu nos alibis, nos fichus et nos boucles de cheveux, nos paniers et nos tresses. Les enfants étaient partis dans le métro s’arracher quelques bras pour les pièces rouges de la classe souterraine.

Notre roulotte était plantée sous des tentes Décathlon au milieu des jonquilles qui brodent le périphérique.

J’avais vendu mon âme à des marchands de fardeaux qui l’avaient tordue comme serpillère : j’en avais pleuré de pleins seaux. Tu avais rangé tes doigts dans des muselières, les ombres dessinaient des briques à nos plafonds, tu les regardais faire.

Plus personne ne venait jamais plus. Ta guitare orpheline tapinait sur les quais pour un demi-sourire, trois petites pièces et un set de pitié en kit.

Je faisais nuit, tellement, parfois, que la fatigue était polaire. La fatigue, je la mettais en orbite de temps en temps pour quelques heures, histoire de m’en défaire, comme on confie son gosse à la télé des autres : pour l’occuper. La nuit était mon habitacle, la fatigue, mon pyjama, et tes yeux, mon baldaquin.

La voûte s’était rétrécie, l’horizon était tombé au-dessus de la Seine, aux pieds du zouave. L’est et l’ouest étaient ressuscités dans un coin de matin qui ressemblait aux cagettes des Halles d’autrefois.

J’attendais le départ, tu me disais « oui, bientôt ». Les enfants dans le métro avaient fini de grandir, leurs bras repoussés lessivaient des pare-brise avec force invectives aux automobilistes des carrefours ennuyés.

Dans une roulotte en carton sous la tente décathlon, tu as repris la route un beau matin de printemps.

Depuis, moi, j’attends.

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06 décembre 2011

Madame,

Chère Madame,

Ce que je sais du monde s’arrêtera si bientôt qu’il faudrait nous incliner, Madame, devant nos finitudes, pour ne pas périr revêches, glaciales et seules devant les feuilles tombées de nos défauts.

Chère Madame,

Vous manquiez à mes actifs. Vous manquiez de mansuétude.

Que vous est-il arrivé pour que vous perdissiez à ce point l’angle aigu, celui des petites fenêtres ?

Dans l'immatériel de nos presque anonymats, avec vos cascades d'eaux teigneuses sur mes rochers d'irrévérence naïve, vous écrivîtes, suzeraine.

Vous m’accusâtes et vous laissâtes le soin au tiers de transmir. et il transmit. ce que fut fête chose.

Que pensez-vous du regard, chère madame ?

 Ô, madame, si justice des hommes, laissez-moi être pomme. Croquons-nous, voulez-vous, croquons-nous dans les yeux.

Vous seriez joliette en tenue d’escampette. Il y aurait si ténu à nos deux nudités que vous sembleriez faite. 

Je penserais valeur, vous panseriez mes plaies. Vous seriez à mes soins, je serais de reproches.

Chère Madame,

Vos affronts me font fête.

Vous en eussiez rougi si vous ne magistrâtes, et si, telle que moite, vous aviez trouvé dans prochaine le regard aux mains pâles, les phalanges de biches, les ongles de velours, et la douce certitude de quelque miroir têtu où vous vous reflétassiez.

Je suis double-vôtre, chère madame, dans vos indifférences courroucées. Votre offense m’oblige, vous vous croyiez, Ô dites, vous croyiez en ceci, dites, dame ?

Je partirai, soyez-en sûre, vos dents de lait en collier à mon cou, vos regards dans mon ventre et mes envies dans votre bouche. Je partirai sur des lyres reconquérir Ulysse, bravant Mistral, Tramontane et terminus en gare de Sète. Je partirai de vos machines.

Je partirai de vos fenêtres.

Et alors vous direz que vous m’aviez caressée du clou de vos claviers sans même me toucher à travers voile. Et ma peau vous manquera, Madame, ma peau vous manquera.

Que pensez-vous du regard, chère Madame ?

Je ne sais de la langue que ce que l’école m’a donné. Si je prenais la vôtre, vous m’en feriez caresse aux maîtrises des grands rôles, je ne vous plaidoierais plus en aucune façon, je vous juste sensuelle aux paupières mi-closes.

Ma langue n’est pas morte, Madame, mes erreurs m’honorent et vos intransigeances ont le goût du couteau.

Mais, que pensez-vous du regard, Madame ?

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29 novembre 2011

Japon

Japon

 

Une colombe de plis

De plis et de papier

Eclose entre dix doigts

dix doigts écarquillés

 

Une colombe en vacances, en voyage immobile

En partance pour de rien, en partance malhabile

Une colombe, un cadeau, négligé sur une table

Une colombe oubliée à fond de cale de cartable

 

Une toute petite idée s’est fichée dans son cœur :

Un minuscule espoir, déçu, et qui meurt

 

Un regard eût suffi pour déployer ses ailes

Un regard, une parole, et puis la tourterelle

Se serait envolée, par-delà les montagnes

Conquérir l’océan, et tes mâts de cocagne

 

Une colombe de plis

De plis et de papier

Une colombe lasse

De tristesse emmêlée

 

Une colombe un vautour un phœnix de tes bois

Joyau de tes dix doigts et qu’on ne regarde pas

 

Une colombe de plis, de plis et de papier

Une colombe et tes ailes, tes ailes déchirées.

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Monopoly

Allégeance aux machines à broyer les charlots

Qui achètent des doigts et des têtes en morceaux

Allégeance aux machines qui revendent des machins

Au pays de l’avoir l’être est mort ce matin

 

je regarde prochain en costume de scène

sur blondeur en talons en tailleur du lundi

je regarde aux sourires mâchoires de dents serties

je regarde performance comme au zoo de Vincennes

 

y a toujours un stratège pour appuyer la touche

y a toujours un berger, sinon, y a plus d’étoiles

qui derrière, qui devant, ça c’est l’allégorie

j’ai joué à qui perd gagne et gagné ma partie.

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27 novembre 2011

période bleue

Nos solidaires sont morts, dehors les échafauds

Rattrapent les vivants pour en faire du troupeau.

On vend bouquets de mains à des claviers idiots

Qui fabriquent les trottoirs où tapinent les mots

 

Les bras cherchent leurs doigts, les moteurs, leur capot

Les têtes sont à quatre pattes et réclament fantaisie

C’est la période bleue on a fait des morceaux

A repeindre cubiques aux vitrines en sursis

 

A cause des orifices, il pleut dans la chambrette :

On avait des valeurs à sertir de diamants

On les a revendues un matin de disette

Elles tintent, porte-clés de sésames infamants

 

Les marchands sont en joie, on a très bien vendu

C’est plus offrant, pas grave, on était des humains

Pas de honte qui tienne à nos idées perdues

N’y a pas de sot métier, n’y a que de sottes mains.

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25 novembre 2011

Coco Feijão, 1er

DSC03308

Parce qu'il faut un début à tout ...

Après une version petit modèle "one shot" en trio le 30 juillet dernier à Port des Barques, le répertoire brésilien est debout, (grand modèle), à quatre.

ça s'appelle Coco Feijão, ça se chante en brésilien, en français, en guitare, en percu et en basse électrique.

On en offre la primeur à la Cav'A'So qui nous fait le plaisir de nous ouvrir ses portes pour qu'on sème entre chaise et comptoir une graine de soleil outre Atlantique.

Rendez-vous le 2 décembre prochain à la Cav'A'So, 29 quai du Gabut, 17 000 La Rochelle.

Vous passez l'info ? 

Merci, à tout bientôt !

Angélique, Frank, Niô (Niôs Paiva), David le Gal

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23 novembre 2011

La quille

Ils reprendront des draps, ils les plieront en deux

Les étendront dehors, les soleils reviendront

Si le vent est parti c’est juste à cause des voiles

Qu’ils avaient descendues

Pas plus

 

Ils referont le temps à contre-anniversaire

Au mépris les horloges qui servent à pas grand chose

Ayant raté le coche pour cause de non-départ

Ils avaient des entraves

Pas grave

 

Ils se marieront bien dans 3 millions d’années

Après cette vie-là ils étaient fatigués

Se sont éteints ensemble au matin de l’automne

Mais ils ont rempilé

Bien fait

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