C'est une librairie tombée d'une bouche dans mon oreille. Elle s'appelle Les Saisons et habite rue Saint-Nicolas à La Rochelle.

Aux saisons, c'est tout en long. Il y a des petits billets de recommandation sur les livres repérés, des petits mots en couleur. ça passe le témoin, ça donne envie. ça participe du bouche à oreille mais de cette façon de silence qui n'appartient qu'aux livres. On prend ses marques, et les livres, on les touche. Le libraire est attentionné. Il respecte votre temps, votre solitude et votre flânerie.

C'est là que j'ai trouvé "Et s'il ne parlait pas ?", d'Amandine Marembert, paru aux Arêtes en mai 2013. (http://areteseditions.blogspot.fr/ )

Amandine Marembert dit avec des mots ce qui se touche avec précaution dans le cristal du silence. Elle dit ce qui ne se parle pas. Le regard, le rire et le geste étrange, le partage improbable qui s'invente hors des codes. Une histoire de prince de la lune apprivoisé par une rose sur un chemin de traverse où les gestes parlent à la place des mots. 

Elle a commis un acte de langage, et à l'endroit des virgules ou des majuscules, elle a mis rien du tout. Un acte de langage comme une conversation ininterrompue, avec pour seule pause le blanc de la page comme une marée sans paroles où existe son petit garçon. Silence comme puzzle de significations, pas silence comme absence.

 

"il ne parle pas comme on dit

affirme sa petite soeur

il parle comme on dit pas

plus loin derrière

ou plus près devant"

 

"il entre son corps

à moitié dans la haie de buis

sourit les mains fouillant les feuilles minuscules

il nage debout

dans une eau verte

lit le braille végétal"

 

"sa soeur fait collection et bouquet

des feuilles rouges de l'automne

il en choisit une couleur or

qu'il fait tournoyer

au bout de ses doigts-branches

suspendues à son souffle-vent"

 

"Et s'il ne parlait pas", c'est un livre rectangle aux feuilles libres. Libres, c'est quand tu gardes la reliure sans colle ni couture ni agrafes, juste parce que tu le veux bien. 

Le papier parle aux doigts de son grain qui console d'avoir allumé les écrans si tôt le matin. Le papier raconte quelque chose à la main qui le lit.

Sur la première de couverture, une estampe de Pilar Saltini (http://www.pilarsaltini.com/). Un oiseau sur une branche.

L'ouvrage a le savoir-faire des objets qui réfléchissent sept fois avant de se vendre. La classe des grands de poésie sans l'emphase.

C'est un livre rectangle où habite un triangle.

 

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