crédit photo Marguerite Maga

Ils ont imaginé un endroit. Comme une maison au-dessus, un peu en retrait, un peu à côté. Avec un escalier et un ascenseur, avec des fenêtres qui ouvrent sur les coupoles colorées de la ville, un endroit suspendu au-dessus de l’océan de béton et bitume, comme le pont d’un bateau, revenu de croisières initiatiques vécues au large des voies balisées, hors des eaux territoriales,  et puis resté à quai par choix, par envie, ce soir-là, pour cette vie entière-là, entre le Mac-Do et la Boucherie, juste à côté du temple du faste et du food, à quai, juste à côté des salles de cinéma qui avalent chaque jour leur foule de proies consentante. Ils ont choisi cet endroit-là pour poser leur bar. 

 Juste à côté.

Ils veulent que ce soit un endroit de rencontre pour boire un verre, manger un morceau. Ils veulent ouvrir un bistrot, en somme. Avec une scène large comme la nef d’un bateau.

C’est une aventure professionnelle, c’est leur entreprise et ça sera leur gagne-pain. C’est simple.

Ils veulent aussi que chez eux, on puisse écouter des concerts, des conférences, voir des films, des spectacles, des expositions, lire des bouquins, planter des arbres, récolter des graines, faire ses courses. Causer. Débattre. Slamer. Prendre la scène pour un oui, pour un non. Et encore un peu plus. Se sourire.

Ils veulent que tu t’y retrouves, seul ou entre potes, en famille, avec tes mômes, avec tes vieux, avec tout ton monde, et même que tout le monde devienne tout ton monde.

Ils veulent te prêter leur boutique pour que tu fasses tes réunions, tes ateliers, tes formations. Ils parient sur ta participation.

Ils veulent vendre, mais ils veulent aussi échanger, troquer, donner, prêter.

Ils veulent revisiter l’économie de marché avec leurs soixante-quinze ans d’expérience à eux trois, ils veulent expérimenter la consommation « à prix libre », ils veulent aussi comprendre les enjeux des choses gratuites. Et ils prétendent gagner leur vie avec ça. Si, si.

A ceux qui les traitent d’utopistes, ils répondent merci.

Sur le monde des objets, ils posent leur regard comme un sourire, et sur les murs du temps et de l’argent, ils tagguent une horloge sans aiguilles et sans chiffres. Eux, ce qui les intéresse, c’est les gens. C’est pas un concept, les gens. Les gens, c’est celui qui aime, celui qui sait, celui qui ne sait pas, celui qui doute, celui qui a peur, celui qui a fait, celui qui fera. Les gens, c’est celui qui a voté, celui qui n’a pas voté, celui qui aimerait que ça change, celui qui veut que ça change, celui qui attend qu’il se passe enfin quelque chose. Les gens, c’est celui qui a, celui qui n’a pas. Les gens, c’est celui qui chante, celui qui crie, celui qui peint, celui qu’écrit, celui qui plante les graines pour que tu manges. Les gens, c’est simple et c’est multiple, c’est pas pareil et c’est tout le monde, ça fait du bruit, c’est compliqué, c’est emmerdant. Les gens, c’est pas que des consommateurs, c’est pas que des moutons, c’est pas que des shows de téléréalité, c’est pas que la mode. Les gens, c’est des sales gosses aussi, c’est mal élevé, c’est révolté, c’est pas commode. Eux, ce qui les intéresse, c’est les gens.

Et eux, c’est Aiôn. Trois jeunes hommes, Quentin, Thomas, Aymeric. Les acteurs humbles du chantier qu’ils se sont choisi et auquel ils t’invitent, dans la simplicité d’un coup de marteau partagé, d’un échange de savoir ou de savoir-faire. Derrière leur regard et leur sourire franc, la petite marche de l’histoire ne se voit pas. Pourtant, là, tout près, tout à côté, c’est comme une petite source qui affleure. C’est subtil, c’est infime, c’est comme le raffut des oiseaux à l’aube, c’est le printemps qui suggère la prochaine révolution. C’est annonciateur, le temps va changer. Le temps, pas celui des aiguilles, celui des hommes. La révolution, pas celle qui fabrique des morts, celle qui besogne comme fourmi à l’industrieuse liberté. C’est local, c’est pas prétentieux, ça ne se proclame pas, ça se fait, tout sourire dehors, le pinceau à la main et le cœur à l’ouvrage. « Tranquillou » comme dit Quentin.

Un philosophe m’a dit : « Se révolter, c’est prendre conscience, pour s’opposer, puis agir et créer en conséquence, pour proposer ».

Et Aiôn propose. Toutes voiles dehors, à tire larigot, à tire d’aile, Aiôn propose.  

Ça va ouvrir.

Aiôn, c’est un bar solidaire et culturel. Juste à côté. 

aion 6

 

Aiôn, 41 rue de la scierie, 17 000, La Rochelle.

https://www.facebook.com/aion.larochelle?fref=ts